LE BON VIEUX TEMPS
Du Covid et de son premier confinement, je garde finalement un bon souvenir. (Mais qu’est-ce qu’il raconte ?! La canicule lui a ramolli le cerveau ?). Non, je vous rassure, je ne compte pas raviver quelque traumatisme que ce soit : il ne sera question ici ni de masque, ni de gel, ni de vaccin. Je veux parler d’un autre genre de souvenir. Contraint à l’exil hors des murs du séminaire, je me revois avec ma valise, débarquant dans ma paroisse d’insertion où, au lieu de passer les trois jours par semaine règlementaires du rythme de formation, j’allais devoir m’installer pour une durée indéterminée. Et alors… il a fallu me trouver un cadre.
Première dimension de ce cadre : le temps quotidien. Puisque les horaires ne m’étaient plus imposés (exception faite de quelques cours en visio et autres rares impératifs), il m’a fallu me donner moi-même un cadre horaire à la fois raisonnable et ambitieux : lever, travail intellectuel, prière (oraison, laudes, vêpres, etc.), lecture… Armé de mon stylo, j’ai donc couché le plan de bataille sur le papier, et m’y suis tenu tant bien que mal (quand on n’est pas du matin… on n’est pas du matin !). Je me rappelle notamment l’étape incontournable que constituait le chapelet-promenade quotidien pour une consolation à la fois physique (bouger, enfin), morale (je retrouvais une connaissance, ce qui nous donnait l’occasion d’échanger de vive voix… les distanciations étant sauves !), et spirituelle.
Deuxième dimension : marquer le dimanche. Puisque dans les moments de crise, le tempérament profond finit toujours par ressortir, l’éternel maniaque s’est révélé : après m’être tant de fois désolé de la désorganisation des placards de la cuisine du presbytère, me voilà, sous l’œil amusé du curé, tout ranger par catégorie, essayer de reformer les paires, jusqu’à de vaillants groupes de six objets identiques. Tant et si bien que nous avions finalement les verres de semaine et les verres du dimanche (en cristal, et qui tintaient si bien !), le service à café de semaine et celui du dimanche. De prime abord gentiment moqueurs, mes compagnons de colocation intensive forcée ont bien fini par reconnaître que cette manière de solenniser le dimanche — qui commençait, bien sûr, par la messe retransmise sur YouTube — avait du bon.
Troisième dimension : ayant appris que tel ou tel séminariste vivait assez mal sa première année de formation bousculée par la pandémie et un retour forcé chez ses parents, je me suis surpris moi-même à passer plusieurs dizaines de coups de fil (je déteste ça, d’habitude) pour prendre des nouvelles des uns et des autres. Paradoxalement, je n’aurai jamais été aussi attentif à mes frères séminaristes que pendant ce temps d’isolement !
Voilà donc, vous l’aurez compris, mes trois modestes suggestions pour vivre chrétiennement cette période estivale : veiller à son cadre quotidien, marquer le dimanche, soigner et renouer des liens d’amitié. Bon été !
Père Clément Ryder +