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Édito

SALVE REGINA — DE LA CONCORDE À LA NATION

Le pape Léon n’y aura pas fait lui-même allusion, mais la coïncidence fut dans les pensées de beaucoup : c’est sur la Place de la Révolution, celle-là-même où furent guillotinés le roi Louis XVI et plus d’un millier d’autres malheureux, qu’il célébra la messe parisienne de son voyage apostolique. Au terme de cette messe : un Salve Regina.

Il est à Paris encore une autre place, de la Nation — à l’époque Place du Trône-Renversé quelles fondations que celles de la nation française et de sa concorde ! —,qui connut le macabre spectacle de l’échafaud et de son couperet. Ses victimes les plus célèbres furent sans aucun doute les seize saintes carmélites de Compiègne. Le témoignage de leur foi rayonna tout au long de leur chemin de croix : arrêtées le 23 juin 1794, elles chantèrent sans relâche l’office divin derrière les barreaux de leurs prisons successives. C’est ainsi que le 16 juillet, fête de Notre-Dame du Mont-Carmel, ressembla à « un jour de grande fête », selon le témoignage d’un de leurs codétenus de la Conciergerie. Elles reçurent le soir même l’avis de leur comparution, qui aboutit sans surprise le lendemain à leur condamnation à mort, exécutée sans attendre.

Dans les didascalies de la scène finale des Dialogues des Carmélites, Georges Bernanos transcrit remarquablement la réalité historique de ce singulier 17 juillet : « Au premier rang de la foule compacte, on reconnaît, coiffé du bonnet phrygien, le prêtre qui murmure l’absolution, fait un furtif signe de croix et disparaît rapidement. Aussitôt les Sœurs entonnent le Salve Regina, puis le Veni Creator. Leurs voix sont claires et très fermes. La foule, saisie, se tait. » Huit ans plus tard, le compositeur Francis Poulenc reprend le scénario du dramaturge et en fait non seulement le sommet de sa carrière musicale, mais aussi l’un des plus grands chefs-d’œuvre de l’histoire de l’opéra. Si vous ne la connaissez pas, je vous enjoins — « recommander » ne me suffirait pas ! — de visionner la scène finale des Dialogues des carmélites de Poulenc (on la trouve très aisément sur internet) : une à une, chantant le Salve Regina selon une mélodie solennelle et déchirante, les carmélites se lèvent et s’avancent vers l’échafaud. Un effroyable son de guillotine retentit ; l’orchestre reprend de plus belle, et le Salve, ponctué de quatorze autres coups de couperet. Quand vient le tour de la dernière martyre, celle-ci entonne la strophe finale du Veni Creator — l’hymne chantée pour le renouvellement des vœux dans les monastères. Les derniers mots retentissent : in sæculorum sæcula — dans les siècles des siècles — et en guise d’Amen, le seizième et dernier coup de guillotine.

Ce sang versé par nos grandes sœurs dans la foi, c’est le même sang versé sur la Croix, le sang de l’Agneau, qui efface les péchés du monde. Le sang même du Sauveur, qui coule pour les siècles des siècles dans les veines de ceux qui s’y abreuvent en recevant le sacrement de l’eucharistie. Puisse chacun de nos Salve Regina, chacun de nos Amen, continuer d’irriguer notre pays de la foi des saints.

Père Clément Ryder +

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éVANGILE DU JOUR

En ce temps-là, comme la foule s’était rassemblée par milliers au point qu’on s’écrasait, Jésus, s’adressant d’abord à ses disciples, se mit à dire : « Méfiez-vous du levain des pharisiens, c’est-à-dire de leur hypocrisie.
Tout ce qui est couvert d’un voile sera dévoilé, tout ce qui est caché sera connu.
Aussi tout ce que vous aurez dit dans les ténèbres sera entendu en pleine lumière, ce que vous aurez dit à l’oreille dans le fond de la maison sera proclamé sur les toits.
Je vous le dis, à vous mes amis : Ne craignez pas ceux qui tuent le corps, et après cela ne peuvent rien faire de plus.
Je vais vous montrer qui vous devez craindre : craignez celui qui, après avoir tué, a le pouvoir d’envoyer dans la géhenne. Oui, je vous le dis : c’est celui-là que vous devez craindre.
Est-ce que l’on ne vend pas cinq moineaux pour deux sous ? Or pas un seul n’est oublié au regard de Dieu.
À plus forte raison les cheveux de votre tête sont tous comptés. Soyez sans crainte : vous valez plus qu’une multitude de moineaux. »


Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris
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