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Édito

Dire, Ne pas dire

Parmi les plaisirs subtils de l’existence, voici sûrement l’un des plus grands qu’il m’arrive de m’accorder : consulter la rubrique « Dire, Ne pas dire » du site internet de l’Académie française. Régulièrement, les Immortels y dénoncent emplois fautifs de la langue française, extensions de sens abusives, anglicismes inutiles… Le 6 septembre 2012 par exemple, ils rappelaient que l’on ne dit pas « Il est en charge des affaires » mais « Il a la charge des affaires », non pas « être en capacité d’agir » mais « avoir la capacité d’agir » ; le 5 mars 2020, ils expliquaient que « ceci dit » est incorrect puisque ceci renvoie à un élément qui va suivre et donc qui ne peut pas avoir déjà été dit — il faut toujours lui préférer « cela dit » ou ses variantes : « cela étant »… ; le 6 octobre 2011 encore, c’est l’abominable impacter qui se faisait tancer : on ne dit pas « la crise impacte l’activité économique » mais plutôt « la crise affecte l’activité économique ».

Que cette rubrique me soit aussi familière, cela s’explique évidemment par une certaine culture familiale (« Argh ! le ministre a dit “pallier à”… quand même, ça fait plouc ! » : une conversation ordinaire chez les Ryder.) mais aussi et surtout par la mission que l’Église m’a confiée : « qu’il soit un vrai collaborateur des évêques pour que le message de l’Évangile, par sa prédication et avec la grâce de l’Esprit Saint, porte du fruit dans les cœurs », prie l’évêque lorsqu’il ordonne un prêtre. Chaque fois que celui-ci va proclamer l’Évangile à la messe, il demande au Seigneur, comme jadis le prophète Isaïe (cf. Is 6, 5-7) de « purifier son cœur et ses lèvres ». Avant de donner l’homélie, je prie moi-même l’Esprit Saint pour que chaque personne qui m’écoute entende ce qu’elle a besoin d’entendre.

Parfois, c’est bien cela qui se produit et je m’émerveille de ce que le Seigneur parvienne à toucher effectivement les cœurs à travers mes faibles paroles. C’est dans ce sens que notre évêque nous encourageait, prêtres, ce Jeudi saint : « Dans la prédication comme [à la consécration], sous deux modes certes différents, s’actualisent les paroles de Jésus à la synagogue de Nazareth, entendues à nouveau à la Messe chrismale : “Aujourd’hui s’accomplit ce que vous venez d’entendre” (cf. Lc 4, 21). Voilà qui souligne le sérieux et la beauté de notre mission de prédicateurs. »

Mais souvent, j’échoue : une touche d’humour incongrue, une incise de mauvais aloi, un raisonnement mal ficelé, une expression hasardeuse, une comparaison bancale… et c’est raté. Si mes paroles vous ont déjà blessés, je veux ici vous demander pardon. Et je voudrais encore remercier tous ceux qui ont le courage de me faire part du désarroi, de la déception ou même de la colère que mes homélies peuvent produire en eux. Vous me devenez alors comme une rubrique « Dire, Ne pas dire » paroissiale. Prétendre que vos remarques me procurent le même plaisir subtil que celles des académiciens serait exagéré de ma part, mais veuillez croire, si je peux donner l’impression de ne pas les entendre sur le moment, qu’elles finissent toujours par produire en moi une remise en cause salutaire.

Père Clément Ryder +

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éVANGILE DU JOUR

On célébrait la fête de la dédicace du Temple à Jérusalem. C’était l’hiver.
Jésus allait et venait dans le Temple, sous la colonnade de Salomon.
Les Juifs firent cercle autour de lui ; ils lui disaient : « Combien de temps vas-tu nous tenir en haleine ? Si c’est toi le Christ, dis-le nous ouvertement ! »
Jésus leur répondit : « Je vous l’ai dit, et vous ne croyez pas. Les œuvres que je fais, moi, au nom de mon Père, voilà ce qui me rend témoignage.
Mais vous, vous ne croyez pas, parce que vous n’êtes pas de mes brebis.
Mes brebis écoutent ma voix ; moi, je les connais, et elles me suivent.
Je leur donne la vie éternelle : jamais elles ne périront, et personne ne les arrachera de ma main.
Mon Père, qui me les a données, est plus grand que tout, et personne ne peut les arracher de la main du Père.
Le Père et moi, nous sommes UN. »


Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris
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